Transit: La distance qui nous relie

Folie/Culture POST-, invitation à faire une résidence de 2 jours au Jardin St-Roch à Québec les 7 et 8 septembre 2017.

Transit: aller au-delà

Une oeuvre qui ne fait que passer, qui est en transformation. Son lieu d'exposition est un arrêt temporaire dans son parcours. Travailler la boîte, l'emballage, la dissimulation sous le mystère d'un contenu inconnu. Ce qu'il y a dans la boîte est imaginé, rêvé. Le colis est à l'origine une charge que l'on porte autour du cou, il est intrinsèquement lié au transport par le corps humain, la livraison d'humain à humain est centrale dans ce projet; des inconnus entrent en relation et développent une confiance mutuelle.


Montréal, 3 août 2017


Avant-hier, j'ai commencé à emballer les ******* dans des boîtes faites sur mesure, à partir d'autres boîtes trouvées dans un lieu de production temporaire. Mon projet a commencé le 25 juillet dernier lorsque j'ai envoyé mon premier courriel ayant comme objet Transit: la distance qui nous sépare. Il était adressé à Audrey, une personne sur la liste qu’Éloïse m'avait fourni avant de quitter son emploi à Folie/Culture, une liste de 40 contacts.  Un peu plus tard j'ai changé l'objet de mes courriels pour Transit: la distance qui nous relie. Voici à quoi ressemblait le premier courriel:


Bonjour Audrey,

C'est avec un peu d'insécurité que je vous annonce que vous avez été sélectionnée par Folie/Culture comme participante potentielle à mon projet Transit. L'insécurité vient du fait que je me lance dans une aventure postale et la réalisation de mon œuvre dépend en grande partie de vous.

Alors que je vous écris ces mots, j'essaie de me représenter la distance qui nous sépare, comme je vis à Montréal, elle correspond à plus ou moins 256 km (ceci est en supposant que vous êtes bien à Québec en ce moment). Malgré cette distance, je me sens très près de vous, comme si j'étais en train de vous faire une confidence, c'est pour ça qu'au fond de moi j'ai l'impression que je peux compter sur vous.

Cette collaboration entre vous et moi consiste à vous faire parvenir un colis que vous devrez garder en votre possession jusqu'à ma résidence de création qui aura lieu à Québec aux jardins St-Roch les 7 et 8 septembre prochains. Pendant ces deux journées, j'attendrai patiemment la livraison du colis dont vous serez responsable et le moment où nous nous rencontrerons finalement.

Je ne vous en dis pas plus pour le moment. Si vous acceptez de plonger avec moi dans cette aventure alors nous déciderons ensemble des termes de la livraison.

J'attendrai votre réponse, transitant entre ici et là.

Julie Laurin

Je crois tout compte fait qu'Audrey ne m'a pas répondu. C'est Josée la première qui m'a dit oui, tout simplement. 

Dans mon deuxième courriel, j'expliquais aux participant.es comment j'entrevoyais la logistique de livraison des colis:


Bonjour Josée,

D'abord je suis touchée par votre intérêt pour mon projet Transit. Comme la logistique de livraison fait également partie du projet, je me demandais si vous connaissiez quelqu'un ou si vous aviez vous-même l'intention de vous rendre à Montréal dans les prochaines semaines. Cette manière de fonctionner est totalement expérimentale mais je pensais que je pourrais, si c'est possible, faire une livraison par voie directe, en donnant le colis à une personne que vous connaissez ou en le laissant quelque part pour vous. Dites-moi si cela est une possibilité, si ce n'est pas le cas je pourrai livrer le colis à Québec à un moment convenu.


Pouvez-vous me confirmer vos coordonnées postales et téléphonique?

En attendant, voici un petit texte explicatif sur le projet:

Résidente de Montréal, je propose une œuvre collaborative qui explore les trajectoires qui me relient à la ville de Québec, par une distance humaine, géographique et temporelle. Collaborant avec des messagers inconnus qui devront transporter et garder des paquets qui me sont destinés, j’explore le colis et son potentiel collectif grâce au réseau de communication qu’il engendre. Chaque colis contiendra un fragment de *******, matière-témoin des cycles de sommeil et d’éveil qui régissent notre vie quotidienne. Les messagers sont mandatés de mener les colis à bon port lors de ma résidence au jardin St-Roch, afin de créer une sculpture monumentale qui se construit dans l’accumulation de ces fragments.

à très vite,

Julie

Après ce courriel, très peu des vingt participants m'ont répondu. Peut-être que j'en ai trop dit, peut-être que j'en ai trop demandé, peut-être que c'était mal formulé. Mais parfois il faut juste être patiente, c'est lorsque j'ai lâché prise que les surprises sont arrivées, Alexandre m'a écrit: 

Bonjour Julie, Je me rends souvent à Montréal, en effet. Je vous donne l'adresse de ma copine, que je visiterai certainement d'ici quelques semaines.

Puis Lydia: 

Bonjour Julie,

Je ne serai pas de passage à Montréal d'ici le mois de septembre, par contre, j'ai une amie qui réside Mtl qui viendra me visiter ce vendredi, le 4 août. 

Elle se prête au rôle du transporteur interposé du colis si tu pourrais l'apporter chez elle à Montréal, avant le matin du 4 août. Voici les informations qu'elle m'a donné en réponse à la demande :

Mon amie s'appelle Élise, son adresse est : **** rue Garnier, Montréal QC, *** ***

Elle m'a dit que : "il y aura quelqu'un à la maison tout les soirs cette semaine à partir de 17h30, mais j'ai aussi d'autres moments de disponibilités si les soirées ne marchent pas."


Tel maison: ***-***-****
Cell: ***-***-****

J'ajoute que le transport du colis par Élise devrait être correct si le colis n'est pas trop grand pour sa voiture et laisse assez de place pour le reste du matériel qu'elle aura à transporter cette journée là !

Donnez-moi des nouvelles.

Merci !


J'ai donc préparé l'envoi de mon premier colis, plein de détails restaient à solutionner. Trouver le costume le plus approprié: j'ai opté pour une robe beige et des chaussures de sport assorties, un ancien costume de performance pour le projet Parcours 9 à 5.  J'ai attaché la boîte sur un chariot à roulettes de sorte que l'on lise OEUVRE EN TRANSIT si on se retrouve derrière moi. En marchant chez Élise, je pensais à ces mots écrits au pochoir en lettres majuscules, à ce qu'il y a dans la boîte, ces ******* ont déjà beaucoup voyagé, et c'est ça leur véritable fonction, d'être nomades. Je crois que le projet prend son sens lorsque le colis est transporté, il s'active, pas à pas, entre la maison et l'auto, entre chez moi et mes complices, puis lorsqu'il est passé de main à main.

Montréal, 7 août 2017

À toutes les personnes qui voyagent Montréal-Québec, je viens de débuter un projet où j'explore le potentiel collectif du colis par le réseau de communication qu'il engendre. Écrivez-moi si vous souhaitez vous greffer au projet en parcourant la distance qui nous relie mes messagers et moi. Il s'agit de faire la livraison à un point de chute à Québec que nous déterminerons ensemble.

Merci de votre collaboration,

Julie

PS: Le colis est léger et fait 45 cm cube


Après un appel sur les réseaux sociaux et par courriel j'ai reçu la réponse de Thomas, il partait vers Rimouski et reviendrait par Québec Lundi. J'appelle donc Marie-Claire afin de lui demander si elle pourrait recevoir le colis, ce qu'elle accepte. Je répète donc mon rituel, je revêt mon costume puis j'attelle le paquet sur le chariot, direction rue Chabot. Thomas me fait goûter au fromage qu'il a fait, il va voir les baleines an kayak avec sa famille. Nous nous disons au revoir.

Thomas pris en photo par Marie-Claire à son arrivée
Quelques jours plus tard c'est Douglas qui m'écrit, m’expliquant qu'il se trouvait à Québec suite à une marche de dix jours à partir de Montréal pour son projet La trace pédestre dans le cadre de l'événement Truck Stop. Il reviendra chez lui par camion de livraison Fero spécialisé en expédition d’œuvres d'art. Il me demande comment il pourrait participer, après réflexion, je lui donne le numéro de Marie-Claire afin qu'il récupère le colis chez elle pour le ramener à Montréal et le faire voyager un peu plus.

Image envoyée par Douglas: le colis, plus grand que son sac de marche
Thomas aurait pu livrer le colis directement à Douglas, mais il l'a quand même livré à Marie-Claire qui l'a livré à Douglas qui devra le remettre à Julie qui l'emmènera à Mégantic avant de le ramener à Montréal et que je puisse le livrer à Marie-Claire qui pourra me le livrer lors de ma résidence les 7 et 8 septembre. Le projet n'existe pas sans cet échange d'humain à humain et le monument qui sera assemblé n'en serait pas un si chaque fragment de ******* contenu dans les boîtes n'accumulaient pas l'histoire de leur transport. Chercher des moyens de provoquer des rencontres, chercher désespérément des transporteurs.euses.

De belles rencontres...

10 août 2017 - J'ai rencontré Mélissa dans un parc à Brossard pour lui emmener un colis afin qu'elle le livre éventuellement à Fannie. Elle m'a demandé en riant si c'était une bombe, non et ça ne se mange pas non plus ai-je dit!

12 août 2017 - Julie avait vu le parcours rocambolesque du colis destiné à Marie-Claire sur Facebook et voulait absolument le faire voyager à Mégantic. La voici arrivée à destination, elle croit que le colis contient un gâteau.

20 août 2017 - Une photo prise par Carol-Ann à l'arrivée de Félipe qui faisait le trajet Montréal-Québec ce week-end là, il était vraiment étonné du quartier de Carol-Ann qui semblait être un ancien quartier militaire.

 9 août 2017 - Élise et sa fille à leur arrivée à Québec, livraison d'un colis destiné à Lydia.

29 août 2017 - Patricia allait visiter Alain-Martin ce week-end là, nous avons beaucoup parlé, de langues, de performance, d'oeuvre publique,...


28 août 2017 - Parce que le temps presse et qu'il faut que les colis soient là à temps, mon père fait la route avec moi jusqu'à Québec pour emmener les dernières boîtes.

Plus grands qu'il pensait...

Ils ont eu la vie dure! 

La super équipe de Folie/Culture m'aide à déposer les colis dans le Hall de la CSQ, c'est Éric qui est de garde, il semble amusé par le projet qui est un peu différent de ses tâches habituelles. 




À suivre...

J'attendrai mes complices au Jardin St-Roch les 7 et 8 septembre de 11h à 18h.

Merci à

Josée, Marie-Fauve, Richard, Paryse, Jean-Robert, Éloise, Nicolas, Jean-François, Carol-Ann, Félipe, Alain-Martin, Patricia, Jean-Pierre, Christyna, Sébastien, Fanny, Karell, Lydia, Élise, Sylvie, Alexandre, Caroline, Marie-Claire, Thomas, Douglas, Julie, Fannie, Mélissa, Denis, Nicole, Denyse, Jean-Claude, François, Marika, Céline, Roxane, Éric, la CSQ

Cher Alain-Martin,
Notre aventure tire à sa fin. Je me confie à toi une fois de plus, je suis humaine, mes délais et mes quotas furent plus ou moins respectés, certain.es n'ont pas reçu le colis qu'ils attendaient, j'en suis bien navrée. Je dois dire que de mon côté ce fût la folie furieuse, une course contre la montre pour produire des colis à partir d'une matière faite de rêves et de désirs. J'ai eu l'aide précieuse d'ami.es et de membres de ma famille sans qui le projet n'aurait pas pu grandir au-delà de mes capacités individuelles.

Je m’apprête à parcourir la distance qui nous relie, celle qui nous séparait temporellement et géographiquement, bientôt nous serons ici et maintenant. Comme la boîte que tu as peut-être tenue dans tes mains, celle que tu as attendue ou redoutée, cette boîte contient une part de matière mais elle contient aussi une part d'utopie, celle de construire ensemble une oeuvre qui commémore nos espaces de transit, ceux qui nous permettent d'aller au-delà.

Je ne sais pas où nous allons mais pendant un moment nous nous y sommes dirigés ensemble. Pour moi tu es un pilier fondamental du projet, je t'attendrai, colis pas colis au jardin St-Roch les 7 et le 8 septembre entre 11h et 18h. Tu viens à n'importe quel moment, je te remettrai un souvenir tissé dans l'attente de notre rencontre. Aussi, il y aura un 5 à 7 le vendredi 8 où je parlerai plus officiellement du projet.

D'ici là, voici le blog de mon projet: http://julielaurinsculpteur.blogspot.ca/p/transit-la-distance-qui-nous-relie.html

Amitiés,

Julie